Retour sur le ground control camp et les climate games d’Amsterdam

Du 1er juillet au 8 juillet 2015 a eu lieu le ground control camp à Amsterdam, un camp autogéré installé au milieu de la zone d’activité industrielle du port de la ville. C’est lors de ce camp que s’est notamment tenue la deuxième édition des climate games, ou jeux climatiques, une journée d’actions directes non-violente pour dénoncer l’exploitation du charbon et d’autres énergies fossiles polluantes, le tout à travers l’idée du jeu en équipe afin de permettre une participation large de groupes et mouvements.

Pour moi, il s’est agit du premier camp d’action de l’été auquel je participais cette année. Ayant loupé la première édition des climate games, j’avais hâte de découvrir ce nouveau concept militant, ouvrant d’intéressantes perspectives en terme de convergence et d’inclusion dans la lutte de terrain pour la justice climatique.

Sur la route d’Amsterdam

Sac au dos et pouces échauffés, je suis parti le 1er en stop depuis Lyon pour rejoindre Amsterdam. Une fois encore, les rencontres effectuées ce jour-là de voiture en voiture, de vie en vie, furent passionnantes, comme avec Cécile, conteuse pour enfants, ou encore une chômeuse heureuse de l’être, un trader tout aussi heureux de son métier ou bien un commercial s’épanchant sur ses dernières années de vie catastrophiques. Arrivé au Luxembourg vers 18h, je vais poireauter à une station service pendant 2h30, jusqu’à ce que je sois pris par un couple de danois qui revenaient d’Italie, et faisaient d’une traite Milan-Amsterdam.

La dernière rencontre, car ils me déposeront à minuit au centre ville d’Amsterdam, et de loin là plus barrée. C’est à 180 km/h en moyenne, et pas très rassuré par la vitesse, que je découvre T. et A., un couple déjanté, un brin à cran bien que sympathiques. Surtout T., producteur et vendeur de cannabis chez lui (30kg par mois), ancien marin, ayant baroudé dans le monde entier, se définissant comme un « adrenaline addict », et m’assurant posséder une ordonnance de son médecin à son sujet. A ma question sur sa plus intense expérience, T. ne me parlera pas d’un saut en parachute, ou d’une course folle en jeep dans le désert, mais bien d’une fusillade en Amérique du Sud où il s’est retrouvé mitraillé dans un bar, avec « les bouteilles explosant comme dans un film d’action sur le comptoir ». Je n’ai pas compris le pourquoi du comment, mais il semblait que cela avait été dû à un « ami » ayant mis en joue plus tôt dans la même journée quelqu’un dans un autre bar à la manière roulette russe…bref, pas de tout repos ses voyages. A minuit, je ne suis pas mécontent de quitter leur voiture, les pointes à 200km/h de T. avaient un seul objectif : arriver le plus vite possible à Amsterdam pour « fumer un joiiiiinnnt » (ils l’auront dit plus d’une quinzaine de fois sur la route). Sacrés addicts en effet.

Je me retrouve alors dans les rues de la capitale, remplies de touristes éméchés et défoncés. Les odeurs de cannabis volettent dans les rues, tandis que les coffee shops ferment leur porte à 1h du matin. Pas encore au bout de mes peines, je marche vers la station bus principale afin de prendre un bus de nuit qui m’emmène alors vers le port d’Amsterdam. A 2h, j’arrive dans la zone portuaire au nord de la ville, où j’entends au loin non pas le chant des marins, mais celui de baffles déroulant un flot de basses vibrantes sur fond de musique électronique. Je crois avoir trouvé le camp, c’est en fait une free party d’une centaine de personne caché dans un sous bois. Personne ne sait m’indiquer la route à prendre dans cette zone loin de tout.

J’y vais alors au pif, et me retrouve après 30 minutes près d’un chemin entre des arbres. Je m’y engage, passe devant un camp de caravanes, et me retrouve nez-à-nez devant une grande porte métallique ornée de structures soudées. Un mot sur la porte indique un numéro pour le camp ground control. Je pense y être, mais personne ne répond. J’escalade alors la porte, pour me retrouver dans un espace énorme, où l’on peut apercevoir différentes constructions, cabanes, une serre, des animaux métalliques suspendus dans les airs, des arbres nombreux, et enfin un vieux et grand bâtiment où des guirlandes illumine une salle au 1er étage, dont le coin me faisant face est en partie défoncé et à ciel ouvert.

Après un rapide tour de ce lieu onirique et surprenant, je finis par tomber vers 4h sur deux personnes m’indiquant le lieu du camp, situé à moins d’un kilomètre. J’étais en fait tombé par hasard sur la plus grosse occupation de la ville, le squat nommé ADM, dont je parlerai plus loin. Enfin j’arrive sur les lieux, découvrant le camp jouxtant un petit bois, et situé en face de différents quais où sont stockés ou chargés sables, charbon, pétrole. Juste à côté de nous, plusieurs éoliennes vrombissent doucement. Je salue des connaissances faisant le tour de garde du camp, puis me couche non sans être attaqué par des fourmis rouges en pleine forme malgré l’heure matinale. Fatigué, mais content d’y être !

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Au cœur du ground control camp

Le lendemain, je découvre le camp et ses occupants-es, croisant copains-ines et connaissances. Les participants-es viennent de différents endroits d’Europe et du monde, comme la Grèce, l’Allemagne, l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Espagne, la France, la Roumanie, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, le Lichtenstein. Les réseaux présents sont variés, entre collectifs, mouvements et ONG, tous-tes inscrits-es dans la lutte pour la justice climatique, mais également sur d’autres thématiques (squats, prisons, autogestion, autosuffisance alimentaire, sensibilisation au changement climatique, actions contre les lobbys industriels, occupation de forêts et éco-activisme, l’artivisme ou encore le hacking).

Le camp est entièrement autogéré, chaque participant peut se joindre librement au fonctionnement du lieu, aucune pression à ce propos, juste les principes de responsabilité, d’horizontalité et d’autogestion mis en pratique au quotidien. Toilettes et douches ont été construites, un chapiteau et de nombreuses tentes (point info, legal team, medic et autres) sont montés, et la cuisine autogéré (à prix libre) et végétalienne néerlandaise Rampenplan est présente. Des panneaux solaires sont également installés, prodiguant de l’énergie pour téléphone et ordinateurs. Une connexion à internet est même établie. Quand à la barrière de la langue, le collectif de traduction BLA sera présent tout le long du camp avec son matériel afin d’assurer la compréhension des ateliers et assemblées.

Chaque matin, une assemblée commence justement la journée, durant laquelle sont discutés différents sujets liés à l’organisation. Les ateliers et autres activités sont annoncés à ce moment là. De nombreuses thématiques sont discutées au cours de ses « workshops ». Les deux thèmes du camp étant le climat et l’agriculture, les ateliers portèrent sur l’industrie fossile, la COP 21 à Paris, les négociations sur le climat, les mobilisations militantes autour du climat, l’exploitation du charbon en Colombie, la décroissance, l’agro-écologie et les jardins forêts, les semences ou encore les questions de souveraineté alimentaire. Eurent également lieu des ateliers d’initiation à la désobéissance civile, de créations de « lock-on » (tubes utilisés pour bloquer un accès, une machine ou une expulsion en mettant ses bras dedans), ou des visites en vélo de la zone de jeu pour les climate games du 4 juillet.

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Les climat games : des jeux climatique pour lutter contre les grandes industries polluantes

Ces jeux militants ont été lancés l’an dernier au même endroit, au cours d’une première édition animée, où certains-es tentèrent par exemple d’approcher la centrale en bateau gonflable (tout comme cette année), et où une dizaine de militants-es venus d’Allemagne furent arrêtés-ées les premiers-ières alors qu’ils-elles étaient habillés-ées en combinaison blanche et jouaient à se cacher derrières poteaux, panneaux et arbres. Lors de ces premiers jeux, le but était de planter un drapeau au plus près de la centrale à charbon froid de la zone, appartenant à la compagnie NUON, et brûlant chaque année près d’1,6 millions de tonnes de charbon. Le port d’Amsterdam, en plus d’être le plus gros port pétrolier du monde (42 millions de tonnes de pétrole en 2014), est d’ailleurs le 2ème plus gros port en Europe de transit pour le charbon, le premier étant celui de Rotterdam.

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L’intérêt des jeux climatique est d’attirer l’attention sur ce port industriel où se retrouvent nombres d’énergies fossiles polluantes, venues du monde entier, tout en permettant d’agir directement pour une journée sur le fonctionnement des infrastructures industrielles de manière non-violente et selon différentes tactiques et manières d’agir. Cette année, ce sont 22 équipes qui se sont prises au jeu. Dans les jours précédant la journée, des speed dating militants ont eu lieu afin que les personnes sans groupe affinitaire puissent trouver une équipe dont l’idée d’action leur plait, ou afin de créer avec d’autres leur propre équipe.

Ainsi, on pouvait se joindre à l’équipe « Bloody oil », des militants-es de Greenpeace faisant une action théâtrale devant l’entrée de BP, mais aussi « la communauté du vent » souhaitant remettre un pneu à une usine du « Morcoal », les « vegan grillmasters » organisant un barbecue végétalien dans la zone, le groupe « beat for coal » faisant un rave party mobile ou encore les « greenwashers », nettoyant avec l’eau polluée du port les voitures de police. D’autres groupes posèrent des banderoles sur des camions ou des ponts, certains essayèrent d’entrer dans différents lieux, et un groupe de militants-es allemands-es bloquèrent au petit matin quatre excavatrices dans la mine de Hambacher près de Cologne. Au total, 2 personnes seront arrêtées lors de la journée à Amsterdam (plusieurs autres dans la mine de Hambacher), dont une relâchée 2 jours plus tard, après maintes menaces de l’équipe des bleus (nom de la police pendant le jeu) pendant la garde à vue, notamment celle de la déporter en Australie (l’activiste est restée anonyme).

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En plus des principes d’action direct non-violente et de désobéissance civile pendant le jeu, plusieurs éléments viennent ajouter à l’originalité de la chose. Tout d’abord, une cérémonie de remise de prix festive a été organisé à l’issue de la journée (suivie de concerts), sous la forme d’une remise de prix en musique et colorée, où chaque groupe a présenté rapidement son action sous les yeux d’un jury composé de 5 animaux, et d’un présentateur grimé en super climate games. La désignation des gagnants-es de chaque prix s’est fait à l’applaudimètre, pour le coup un thermomètre dont il fallait faire baisser les degrés. Un moment collectif joyeux et festif important, permettant de se lier, d’échanger et de rire, malgré la gravité des luttes que nous menons.

Ensuite, l’appui sur la technologie est intéressant, car depuis deux ans, des amateurs et hackers informatiques développent le principe d’une carte interactive où chaque groupe peut rapporter en direct le déroulement de son action en indiquant le lieu, et ajoutant photo et texte grâce à une application sur smartphone appelée Ushahidi. Il était de même possible de signaler la présence et les déplacements de « team blue », l’équipe bleue de la Police. Ainsi, on pouvait suivre le déroulement des jeux même à distance, et prendre connaissance des nombreuses actions et de leur impact.

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Ce fut une bien belle journée, très active de tous les côtés, et donnant des idées pour la suite. La suite, d’ailleurs, aura lieu lors de la conférence sur le climat de Paris (COP 21). En effet, différents réseaux sont en train d’organiser les jeux climatiques de Paris, basés sur le même modèle, avec pour objectif de faire les plus grandes actions de désobéissance civile de masse de l’histoire au cours des négociations officielles afin de dénoncer le poids des lobbys dans les négociations, et de proposer d’autres visions du monde. Le premier tour des climate games auront lieu les 28 et 29 novembre, au début de la COP, et le deuxième le 12 janvier, pour un appel à des actions de masse dans Paris et dans le monde. Vous trouverez plus d’infos sur le site web crée pour l’occasion.

 

Après les jeux, le camp déménage à l’ADM

Le camp ground control aura duré 5 jours sur le terrain occupé, la police ayant menacé d’évacuer les lieux le lendemain des jeux. Ainsi, après un samedi soir festif où deux groupes nous ont régalé, un démontage s’est organisé le dimanche pour transférer en une journée les infrastructures et les remonter à l’ADM, ce terrain immense occupé depuis 17 ans dans le port d’Amsterdam où je m’étais retrouvé par hasard à mon arrivée. Et on peut dire que ce fut une bonne initiative de la part de l’équipe s’occupant de l’organisation, car ce lieu mérite qu’on s’y arrête. Composé d’un bâtiment en son centre et jouxté par un hangar de réparation de bateau, le terrain abrite de nombreux arbres, structures artistiques, maisons auto-construites et caravanes. L’ADM a résisté à une expulsion surprise illégale et matinale à coup de bulldozer à ses débuts (d’où le coin défoncé du bâtiment de vie), et est aujourd’hui menacé à nouveau d’évacuation par les actuels propriétaires souhaitant vendre le lieu pour servir l’extension du port industrielle. Vous pouvez à ce propos les aider en signant leur pétition. Plus de 150 personnes y vivent, familles, chômeurs-euses, artistes, militants-es s’y croisent, un boulanger fait du pain pour les habitants-es, le hangar abrite une activité permanente, entre bricolage, activité artistique ou réparation, des légumes sont cultivés à divers endroits, et des concerts et événement sont organisés régulièrement.

C’est dans ce havre de paix coincé dans le havre maritime que le camp continuera jusqu’au 8 juillet. Au programme des ateliers, l’agro-écologie, une ballade dans un jardin et une ferme, de l’escalade, une présentation de l’installation de panneaux solaires de l’ADM (auto-suffisant en énergie) ou encore un atelier sur les mobilisations pour la COP 21 et les prochains climat games. Chaque soir, des concerts avaient lieu, tandis que de longues conversations se tenaient auprès d’un brasero forgé, et que d’autres filaient au sauna de l’ADM. Je me souviendrai longtemps je pense du concert autour du feu de Shireen, une musicienne militante accompagnant son ukulélé d’une voix magnifique et profonde. Des chants engagés et incisifs, à en retourner les tripes.

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Le 8 juillet, le camp prenait fin, avec le démontage définitif des infrastructures et de la cuisine (un grand merci à Rampanplan pour la semaine passée à nous émoustiller les papilles chaque jour !). Une fin de camp avec un goût de reviens-y, et de belles rencontres et échanges pendant le rassemblement. Pour pas mal d’entre nous, les retrouvailles se feront au cours de l’été et des camps climats et d’actions nombreux en Europe, auxquels vous êtes les bienvenus-es ! Pour ma part, je restais une journée de plus en ville, dans un lieu dans le sud d’Asterdam où huit maisons sont squattés depuis plusieurs années, avant de repartir en stop pour le rassemblement estival de l’ACIPA à Notre-Dame des Landes, les 11 et 12 juillet, ainsi que la réunion inter-zad organisée au lieu dit la Wardine, dans la ZAD de NDDL. Mais ça, c’est pour le prochain article !

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3 réflexions sur “Retour sur le ground control camp et les climate games d’Amsterdam

  1. Pingback: Revue de presse Climat et COP21 #35 Alternatiba Paris

  2. Pingback: Camp climat et climate games à Bâle du 22 au 3 octobre 2017 | Les échos du vent

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