Vive le Keelbeek libre ! La ZAD, version belge

Après plusieurs mois de travail et de vie sédentaire, me revoilà de nouveau sur la route, et ce jusqu’au mois de septembre. Au programme de cette vadrouille printanière et estivale en autostop, plusieurs pays européens, la visite de différents lieux alternatifs et de communautés, et les nombreux rassemblements militants qui auront lieu cet été en Europe.

Et le premier lieu visité en cette année 2015 fût la ZAD belge du Keelbeek, située à Haaren, au Nord-Est de Bruxelles, et ce pendant deux semaines.  Cette occupation est née en août 2014 suite à l’approche des débuts des travaux d’un projet de maxi-prison prévue depuis plusieurs années. Quatre militants avaient alors planté leurs tentes pour s’opposer à la construction de la prison.

En cas de construction, cette dernière deviendrait alors, pour un coût de 2 milliards d’euros sur 25 ans, la plus grande prison de Belgique. Il faut savoir que les prisons du Royaume Belge ont une toute aussi mauvaise réputation que celles de notre République, et la vétusté et la surpopulation des deux prisons de Bruxelles ont poussé le gouvernement fédéral à proposer en 2008 un plan de construction de quatre nouvelles prisons dans le pays.

Le projet des autorités belges est soutenu par un consortium d’entreprises comme Eiffage, BAM, Denys, Valens, ou des banques telles BNP Fortis/Paribas, Belfius ou KBC, mais suscite l’ire d’une part importante de la population locale, habitant un quartier située en périphérie de Bruxelles, entouré du « ring » (périphérique), d’un aéroport dont le tracé du décollage passe juste au dessus des habitations, de la base militaire internationale de l’OTAN et d’une voie de chemin de fer.

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L’endroit choisit pour cette prison, devant remplacer les prisons de Saint-Gilles et de Forest située au centre-ville, est un espace vert de 18 hectares. Plusieurs hectares étaient encore cultivés il y a deux ans, avant que l’ancien propriétaire ne vende ses terres, embarquant au passage la terre cultivable (!). Aujourd’hui, c’est un petit village qui s’est construit peu à peu depuis l’été dernier.

Sur le terrain jouxtant la voie de chemin de fer, on peut apercevoir une caravane, plusieurs tentes, un petit chapiteau appelé « tente berbère » et une yourte. S’ajoute à cela une cabane à douche, un toilette sec, et deux cabanes dans des arbres situés quelques centaines de mètres plus loin. Deux habitations en bois se font également face, l’une est le coin cuisine, ayant une partie réservée au matériel (en attendant la construction d’une cabane à outils), l’autre est le lieu collectif, où se retrouvent les occupants-es et leurs soutiens par tout temps. Des canapés et des chaises  sont disposés autour d’un feu, souvent allumé du fait du froid toujours présent.

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Dans cette pièce commune, une petite partie sert aux animaux pour s’abriter en cas de pluie, et il n’est pas rare de partager son siège avec un chat, des poules ou un chevreau tout juste arrivé sur la ZAD. La cohabitation se passe plutôt bien, mais commence à poser problème depuis l’arrivée de nouveaux occupants.

L’endroit, tout comme la cuisine, était en effet de taille pour les 2-3 habitants pendant l’hiver, et ces derniers s’accommodaient de la présence des animaux. Mais la ZAD s’est fait connaitre depuis, et voyageurs, voisins et militants ne cessent de se rendre sur la zone, pour une courte visite, ou pour y rester un certain temps. Le nombre d’habitants-es a donc augmenté, et se pose aujourd’hui le problème du logement des animaux dans un autre lieu, notamment du petit chevreau, un futur bouc qu’il ne vaut mieux pas habituer à rester dans le lieu commun!

Plusieurs occupants-es actuels pensaient au départ rester quelques jours, puis ont finit par s’installer définitivement. Pour l’un, c’est la possibilité de s’occuper librement d’animaux et le lieu qu’il l’a fait rester tout l’hiver, parfois seul. Pour un autre, c’est le chômage et la perte de son domicile qui l’ont convaincu de s’installer dans ce lieu autogéré. Une documentariste venue filmer la ZAD a quand à elle laissé tomber son travail pour venir tous les jours sur la zone, et s’occuper des chèvres. Une expérience inédite pour elle.

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Pour tous-tes, c’est la liberté d’être et d’agir, d’échanger et d’apprendre, mais aussi l’envie de lutter contre ce projet inutile. Au départ, le phénomène « nimby » (not in my backyard) s’est appliqué aux habitants du quartier, beaucoup refusant un projet venant étouffer un peu plus la population locale. Mais c’est au contact de militants-es également engagées dans cette lutte, et au fil des débats, des rassemblements et des mois d’occupation, que la dénonciation du projet s’est étendue à celle du système carcérale belge et de la construction de nouvelles prisons.

Ce projet ne fait absolument pas l’unanimité, bien au contraire. La ville de Bruxelles est contre, le quartier de Haren et de nombreux-ses militants-es également. Le projet a la particularité de vouloir intégrer un tribunal au sein même de la prison, ce qui provoque la colère d’un certain nombre de juges et du syndicat de la magistrature belge. Pourtant, et malgré le fait que le permis de construire n’a toujours pas été délivré, les travaux sont sur le point de commencer, et la ZAD risque une expulsion d’ici à la fin avril.

Il y a trois semaines de cela, des ouvriers sont d’ailleurs venus un matin installer des grilles autour d’une partie du terrain. La réaction ne s’est pas faite attendre. En quelques jours, et une nuit « de tempête » dixit les occupants, des barrières ont été démontés par dizaines, et ce par différents types de personnes, notamment des habitants en colère.

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Il faut dire qu’il s’agit ici de l’une des dernières zones naturelles de Bruxelles, et que la perspective peu enthousiasmante du bétonnage intensif de la zone déplait. Au lieu de cela, des habitants, des collectifs et des associations ont proposé il y a moins de deux semaines une alternative à la méga-prison consistant en un projet de ferme ouverte sur 9 hectares, avec du mais fourrager, du maraichage, de l’artisanat, de l’élevage, et même un projet d’aide à la réinsertion pour prisonniers. L’idée ici est également de tenter de sécuriser des ceintures alimentaires proches de la ville, et mettre un frein à l’urbanisation à marche forcée.

Ce projet alternatif ne fait pas lui non plus l’unanimité de tous-tes sur la ZAD, mais il permet à l’heure actuelle de proposer des idées pour un meilleur développement de cette zone naturelle encore boisée, dernier espace de respiration pour les habitants des quartiers d’Haren et de Digen. Et bien que les visions d’avenir pour ce lieu s’avèrent parfois bien différentes, cela n’empêche pas un travail commun entre les zadistes, les associatifs, les collectifs et les habitants-es. Une assemblée a d’ailleurs lieu tous les samedi sur la ZAD, tentant un travail de coordination parfois compliqué, au vue du turn-over des personnes présentes à chaque assemblée. Un coup à tendance anarchiste, un autre penchant du côté légaliste, des fois sans la présence de référents-es ou des zadistes. Des difficultés courantes dans de nombreux lieux occupés où sont tentées des convergences entre des milieux parfois foncièrement différents.

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Aussi, malgré les difficultés rencontrées, la communication parfois laborieuse, et les quelques problèmes relationnels observables sur la zone, la lutte continue son bout de chemin, avec du maraichage, des actions régulières, différentes constructions en cours, et l’organisation les 17, 18 et 19 avril d’un festival du Keelbeek libre, pour tenter de fédérer les militants-es autour de la musique, d’actions, de plantations de patates, d’ateliers et d’activités en tout genre. Des ateliers de grimpe sont également en préparation, afin de continuer la construction de cabanes dans les arbres, et pouvoir ainsi résister à une possible évacuation.

Après deux semaines passées là-bas, il m’a été pour dire vrai un peu difficile de quitter cette ZAD au charme certain et au noble combat. Une ZAD dont les occupants-es sont déterminés-ées à empêcher coûte que coûte le début des travaux. N’hésitez pas à venir les saluer si vous passiez par hasard dans les environs du Keelbeek libre!

 

Quelques liens pour aller plus loin:

http://haren.luttespaysannes.be/

http://www.reporterre.net/A-Bruxelles-une-ZAD-s-organise

http://www.lechatnoiremeutier.antifa-net.fr/belgique-occupation-a-anderlecht-contre-la-construction-dune-maxi-prison-a-haren-bruxelles-18-octobre-2013/

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