Mort d’un militant à la ZAD du Testet : quand la répression policière tue.

Dans la nuit du dimanche 26 octobre 2014, un homme est mort à la ZAD du Testet.

C’est pendant des échauffourée entre manifestants-es et forces de police que Rémi Fraisse, un étudiant de 21 ans, aurait été touché par une grenade explosive ou un flash-ball. Une autopsie est attendue aujourd’hui pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort.

C’est un drame, un drame révoltant. Rien ne peut justifier la mort de cet homme dimanche, rien. Et loin de la propagande médiatique vomie de toute part sur ces supposés « terroristes », ces « casseurs encagoulés », ces « anarchistes violents » accusés de tout les maux, c’est bien la répression policière montée en intensité depuis un mois et demi sur place qui a mené à la mort de Rémi.

Je suis choqué par sa mort, choqué et triste qu’un homme ait perdu la vie pour ses idées. Une famille est en deuil, tout comme des milliers de militants-es d’ici et d’ailleurs. La mort n’a pas touché un inconnu dimanche, elle a touché à un camarade de la famille écologiste, une personne qui partageait l’envie de changer les choses et protéger l’environnement, qui s’était mobilisée comme d’autres ce week-end pour soutenir la lutte locale du Testet. Aujourd’hui, ce soutien, c’est sa famille et ses proches qui en ont besoin.

Mais ce décès injuste vient rappeler une réalité souvent omise : celle de la répression politique et policière, et des risques qu’encourent les militants écologistes du monde entier pour leurs combats. Et c’est de cela que je souhaiterais parler.

 

La désobéissance civile comme tactique, la répression comme réponse

Les écologistes de tout bord sont souvent perçus comme des utopistes, des bisounours ou des chieurs, pour faire court. Leur engagement au quotidien pour un monde meilleur est souvent méprisé, incompris, leurs mobilisations et leurs luttes tournées en dérision, moquées ou tout simplement ignorées. Militer est un engagement qui peut avoir de nombreuses facettes, divers niveaux d’intensités. Dans la sphère écologiste, on peut agir en plantant des légumes, en faisant des tags en mousse, en ouvrant une AMAP, nettoyant des rivières, manifester, faire des actions de désobéissance civile, ou encore lutter sur le terrain pour tenter de stopper des projets inutiles, au Larzac dans les années 1970 comme sur les ZAD aujourd’hui.

Chacun doit être libre de choisir ses combats, sa manière de faire et de s’exprimer. Pour beaucoup cependant, il apparaît aujourd’hui nécessaire de porter les notions de désobéissance civile dans les mobilisations. La loi défendant trop souvent des projets inutiles et destructeurs, désobéir devient nécessaire pour faire entendre des voix discordantes, s’opposer à des décisions jugées mauvaises par des citoyens-iennes, et porter l’attention sur des projets ignorés. Et c’est dire s’il y en a. Mais désobéissance civile ne signifie pas violence (cette notion est par ailleurs sujet à débat, notamment violence matérielle Vs. violence physique, poncif dans les milieux anarchistes, libertaire et autonomes) , mais bien au contraire pacifisme et non-violence.

La plupart des luttes écologistes sont pacifiques, celle contre la centrale nucléaire du Plogoff l’était, au Larzac aussi, tout comme à Malville ou dans les ZAD aujourd’hui. Alors certes, des personnes faisant montre de violence matérielle sont présentes dans certains rassemblement, certains-es luttant à un autre niveau politique, ayant une stratégie et des idées différentes, qu’il faut essayer de comprendre sans tout de suite y apposer l’étiquette stupide de « terroriste ». D’autres, une minorité, peuvent se montrer réellement violents et haineux, ce qui est déplorable, et ne fait en aucun cas du bien aux luttes, en externe comme en interne.

 

Des fleurs contre des fusils

Mais le problème réside ailleurs, car la réelle violence ne vient pas des militants-es écolos, mais bien des forces de police elles-mêmes. Car oui, il serait temps d’arrêter les mensonges et l’aliénation collective là-dessus. La plupart des mobilisations ou actions voient des militants-es manifestant pacifiquement, utilisant leur corps comme dernier rempart (et le payant parfois malheureusement leur vie) pour tenter de protéger des espaces naturels, leur espace de vie ou des espèces animales (comme avec l’exemple des Sea Sheperd), s’opposant à des forces de police présentes en nombre, fortement armées, et capable de faire oeuvre d’une rage et d’une brutalité sans commune mesure.

Il faut arrêter de gober ces chiffres nauséabonds des préfectures de police nourrissant l’idée que seuls les policiers ressortent blessés de manifestations ou d’affrontements. Samedi encore, les médias nationaux parlaient de 7 blessés chez la Police, aucun chez les manifestants-es. Qui peut encore se persuader que des militants-es non armés-ées, si ce n’est de leur courage, peuvent être plus violents que des bataillons de CRS et de gendarmes ressemblant à des robocops, des soldats sur-armés, disposant et utilisant des grenades offensives, explosifs, de gaz lacrymogène, de tazers ou de flash-ball (ou LDB 40), et n’hésitant pas tirer en visant la tête ???

Il est insupportable de constater cette militarisation des forces de police accélérée ces dix dernières années, notamment quand Sarkozy était à la manœuvre, accompagnant une répression aujourd’hui systématique des mouvements sociaux et politiques. Insupportable d’entendre les copains racontés la violence de la police à leur encontre ou celles de camarades: ici l’un est tazé deux fois par des policiers alors qu’il est menotté dans une voiture, là bas c’est untel qui a perdu son œil, ailleurs quelqu’un a perdu l’usage de son épaule, encore plus loin c’est la prison qui est destinée à des militants-es. Ce monopole de la violence légitime, décrit par Max Weber, est tout a fait accepté dans notre pays, et défendu. Le maintien de l’ordre prévaut avant tout pour nombres de politichiens. L’ordre, encore l’ordre, toujours l’ordre.

Frapper et mutiler des opposants politiques ne pose que peu de problème moraux et éthiques à notre société. La violence est partout, et on l’accepte tant bien que mal. Les gendarmes occupent militairement le territoire de Notre Dame des Landes pendant 7 mois faisant des centaines de blessés, des dizaines notamment le week-end du 24 et 25 novembre 2012, et alors qu’un médecin fait un rapport accablant sur les blessures observés, rien ne se passe. Trois personnes perdent un œil à la manifestation de Nantes du 22 février 2014, même chose. Et je ne parle pas des arrestations de militants-es des semaines après les faits.

Les forces de police ont été progressivement transformées en outil purement répressif à la botte d’un Etat lui même soumis au capital et au monde de la finance. Et gare à ceux qui se décideraient à l’ouvrir et s’engager. Au Testet, ce fût la même chose depuis le début de cette ZAD, avec une répression accrue tout le mois de septembre durant la coupe de la forêt. Et un drame a finit par arriver, un militant a succombé à ses blessures.

Alors certes, tous les flics ne sont pas des salauds, voir des assassins, non ils ne sont pas tous cons et pourris, mais il faut aussi savoir regarder les faits, et admettre les dérives de ces corps armés utilisant un « savoir-faire » meurtrier contre des opposants politiques.

Assez de naïveté dans l’Hegaxone!

 

Militer n’est pas un jeu, c’est un combat

Il faut garder en tête que la lutte pour la défense de l’environnement n’est pas un jeu, ni une partie de plaisir : c’est un combat, parfois dur, éprouvant, et souvent difficile, et risqué. C’est un engagement pour une cause que nous considérons comme juste, et vitale pour tenter de préserver notre planète. Un écocide se déroule sous nos yeux, et nous ne faisons rien. Ou plutôt nous continuons de faire, mais nous avons perdu nos sens, noyés-ées dans un monde marchandisé à l’extrême, où croître, vendre et produire sont devenus des dogmes.

La sainte croissance n’est pas psalmodiée par tout le monde, nombreux-ses sont ceulles qui refusent de vivre dans un monde aliéné par l’argent, sous la coupe réglé de quelques puissants-es, pratiquant l’esclavage économique à échelle mondiale. Nous sommes des millions à refuser de fermer les yeux sur l’injustice, sur la destruction de notre planète nourricière engendrée par la course à la croissance, sur les atteintes aux droits de l’Homme, et à ceux de notre écosystème.

Là où plus personne ne regarde, là où les machines ont carte blanche pour massacrer la terre, là où les baleines sont chassées, là où les déchets toxiques sont transportés et stockés, des personnes se mobilisent, dénonçant abus, pollution, corruption, projets fous, et touchent ainsi à des intérêts dont certains-es ne sauraient se dépareiller. La réponse est toujours sans appel. Et les conséquences souvent ignorées.

Chaque année, dans le monde entier, des militants-es écologistes sont assassinés-ées pour avoir voulu défendre la Terre, appelée Pachamama en Amérique Latine. Au Brésil, au Panama, au Salvador, au Honduras en Colombie, aux Philippines, au Pérou, et aujourd’hui en France (pour la première fois depuis 1977 et la mort de Vital Michalon à Malville), des militants-es sont tués, victimes de répression policière, ou de groupes armés.

Quand ce n’est pas la mort qui frappe, c’est l’emprisonnement, la torture, les mutilations, les passages à tabac que subissent nombres de militants. Il ne fait pas bon vouloir changer le monde à notre époque…

Il est incroyable de voir pareil déchaînement de violence face à ces activistes, pareil paradoxe où l’on protège ceux qui massacrent la terre, et l’on frappe ceux qui la défendent.

Personne ne devrait mourir pour la défense de ses idées, et pourtant, notre Histoire s’est faite ainsi. Triste monde dans lequel nous vivons.

Ce drame, bien que tragique, ne fera pas pour autant cesser nos luttes, ni au Testet, ni ailleurs. Rémi n’est pas un martyr, c’est une victime de la répression actuelle, du coup de force permanent sur les esprits critiques et les révoltés-ées de notre époque.

Rémi était l’un des nôtres, et nous ne l’oublierons pas.

Repose en paix.

rémi

        En hommage à Rémi Fraisse

Quelques liens pour aller plus loin:

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