Témoignage sur la répression en cours à la ZAD du Testet

Depuis plusieurs jours maintenant, des affrontements assez violents ont lieu entre la gendarmerie et des militants-es écologistes dans la  zone humide du Testet, dans le Tarn.

En cause, le projet de barrage de Sivens, dans les cartons depuis 1969,  qui menace d’abattre plus de trente hectares de forêts et de détruire une zone humide chargée en biodiversité. Les opposants-es à ce projet inutile et imposé, notamment le collectif pour la sauvegarde de la zone humide, et le collectif  « Tant qu’il y aura des bouilles », sont mobilisés-ées depuis plusieurs années pour tenter d’empêcher la destruction de la zone du fait d’un projet destiné non pas à la production d’énergie, mais à l’irrigation massive de champs de mais. Il faut ajouter à cela que la zone humide du Testet est classée ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique), selon le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (Avis CSRPN / 2012-12-07 / n°003, 7 décembre 2012).

Afin de tenter d’empêcher le début des travaux d’abattages prévus de longues date, un campement avait été installé en novembre 2013, mais fut expulsé deux fois pendant l’année 2014.  Entre temps, les terrains et la forêt sont devenus une « ZAD » (zone à défendre), avec une occupation permanente des opposants-es sur le terrain. Le lundi 25 août, les forces du désordre sont intervenues une nouvelle fois pour tenter d’expulser les activistes, et protéger le travail des employés procédant à l’abattage des arbres autorisé pour le 1er septembre par la Préfecture et le Conseil Général du Tarn. C’est ainsi plus de 200 gardes mobiles qui ont été appelés sur place, et ont alors fait montre d’une violence inouïe face à des militants-es écologistes pratiquant la désobéissance civile non-violente.

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Pendant l’assaut du 1er septembre

Je n’ai pas de compte précis pour le moment, mais on peut aisément parler d’une trentaine de blessés-ées en quelques jours. Tires de gaz lacrymogène, de flash-ball (ou « LDB ») et de grenades assourdissantes ont rythmé les premiers jours de septembre dans la forêt de Sivens, occasionnant des blessures graves, des tires de ldb aux bras, épaules, clavicule, jambes, cou et couilles. Plusieurs personnes ont été tabassées, beaucoup gazées et frappées. Aujourd’hui encore, un militant de la confédération paysanne s’est fait démettre l’épaule par la police essayant toujours d’évacuer la zone. Le campement de la Bouillonnante était par ailleurs encerclé à 15h par les GM, après qu’ils eurent casser grand nombre d’affaires sous un chapiteau installé sur place. A noter que depuis plusieurs jours des militants-es sont perchés dans les arbres où l’abattage avait lieu, retardant autant que possible l’avancée des machines et la coupe des arbres. Avis aux grimpeurs-euses!

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L’assaut du chapiteau par les GM le 3 septembre (cliquez sur l’image pour voir la vidéo)

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Coupe d’arbres dangereuse à quelques mètres de militants-es hauts-es perchés-ées le 03/09

Les affrontements continuent, et les activistes présents-es là-bas (une petite centaine) ont absolument besoin d’aide et de soutien. Appui sur place, manifestations de soutien, information, matériel, tout aide est la bienvenue pour tenter d’empêcher la construction de ce barrage inutile à 7,8 millions d’euros.

Voilà pour un bref résumé de la situation. Vous trouverez ci-dessous le témoignage d’un ami ayant été sur place le 1er septembre, victime ce jour là d’un coup de flash-ball lui ayant pété la clavicule.

Témoignage d’un militant blessé le 1 septembre au Testet:

 » J’étais arrivé sur la zad pour le week end, toute la journée du dimanche et une bonne partie de la nuit ont été consacrées à monter cabanes et barricades, fabriquer des équipements, repérer les lieux pour accueillir comme il se devait nos « invités ». Après une mauvaise et courte nuit on se réveille petit à petit avant l’aube, il fait froid, brumeux. Tout le monde se répartit et je fais partie de ceux qui vont veiller sur la cabane préfabriquée, dans le champ où auront lieux les affrontements.
 
Quand les gardes mobiles (GM) arrivent on attend les clowns, il avait été admis de privilégier les actions non-violentes, la violence engendrant la violence, nous avons laissé au flics le choix du déroulement de la journée. Dès que les clowns sont à portée ils sont repoussé par les GM, on court s’asseoir pacifiquement devant les arbres qu’ils devaient abattre. Là les flics nous tirent dessus, frappent, une chaussure m’écrase le visage par terre, il essaient de nous séparer.
Énervé l’un d’eux m’attrape le pouce et me dit « Lâche ou je te casse le pouce ». Je reste accroché et il commence à me le tordre, je cède peu après quand la douleur me fait réaliser que ce mec est assez con pour mettre sa menace à exécution. Il continue à me bousculer avant que j’arrive à partir, visiblement je lui ai tapé dans l’oeil car je l’ai surpris ensuite a me désigner à ses collègues au cours de la journée.

 

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 Tirs tendus de flash-ball 

 

Pendant un moment les tentatives d’actions non-violentes se poursuivent mais le message est clair, ça va finir par chauffer. On rejoint la forêt pour s’organiser, les flics forment un cordon par groupes de 2 ou 3 pour nous empêcher d’approcher les bûcherons de la SEBSO (bd President Saragat, 31800 SAINT GAUDENS) , on tente, on cherche des failles, on joue aux trappeurs pendant un moment puis les flics s’avancent vers la  cabane en bas du champs et des copains essaient de les empêcher d’avancer. Ça gaze dans les champs, tir au flashball dans la forêt, on essaie d’entourer les flics, on les fait se disperser. Vers ce qui m’a semblé être midi un tracteur arrive par l’arrière du champ sous les hourras des opposant et se place face au flics, puis avance lentement vers eux. La réaction est immédiate, et les GM nous pilonnent de lacrymogènes. Mais le vent nous est favorable et ils disparaissent dans leur propre nuage. Quand ils réapparaissent, on les voit tousser et cracher, ce qui redonne le sourire à tout le monde.
 
On avance à nouveau et les flics tirent, je sent une grosse douleur à l’épaule et je tombe en arrière. Les flics chargent et bondissent sur le tracteur, quelques uns essaient d’aller l’aider mais tout le monde s’arrête quand un GM appuie le canon de son flashball sur la gorge du conducteur. Si le coup part, il y passe. Il est arrêté et embarqué.

 

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La charge policière contre le tracteur

 

C’est à ce moment là que je commence vraiment à avoir mal à l’épaule et que je réalise que je suis peut être amoché, je rentre à La Bouille. Le reste de la journée je vais sur les barricades vers la maison de la forêt, là où tout est calme.  Au moins on entend plus le bruit des tronçonneuses, mais quand même quelques explosions…on oublie pas ce qu’il se passe à coté.
 
Le lendemain je passe aux urgences pour mon épaule : j’ai la clavicule fracturé,  je vais devoir laisser 1 mois de répit à ces sales keufs…j’enrage.
 
De cette journée on retient que les flics, l’Etat, ne veulent pas que les choses se passent bien, ils sont prêts à prendre nos potes (et nos pouces) en otages, parce que c’est clairement ça qu’il s’est passé lorsqu’ils ont braqué le conducteur du tracteur. Ils prennent notre avenir en otage quand il détruisent la nature qui nous fait vivre. Ils prennent nos vies en otage quand ils nous font aimer un emploi dégradant, payer pour un logement insalubre, payer pour l’eau pollué, payer  pour de la nourriture porteuse de leurs cancers. Bientôt on payera pour respirer un air pollué jusqu’à ce qu’il se contentent de mettre un flingue sur notre tempe et il faudra payer pour ne pas être abattu.
 
Mais on est pas prêt de céder au terrorisme.
 
Et s’ils veulent écraser les ZAD,  comme tout ce qui leur échappe, il peuvent s’attendre à ce que la résistance s’amplifie, se diversifie. On est tout autour d’eux, c’est nos impôts, nos achats, nos amendes qui leur payent leurs salaires. On récolte leur nourriture, on construit leurs palaces, leurs routes, leurs prisons et leurs armes…
 
Les pauvres, ils n’ont aucune chance.
 
ZAD PARTOUT ! « 

 

Tout les photos sont tirées du blog du collectif « Tant qu’il y aura des bouilles ».

 

Quelques liens pour aller plus loin:
  • Blog du collectif Tant qu’il y aura des bouilles:

https://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

  • Article en anglais sur la ZAD du Testet:

http://revolution-news.com/france-zad-10-forest-defenders-injured-in-police-attack-to-clear-way-for-dam/

  • Dossier de Reporterre sur la ZAD du Testet:

http://www.reporterre.net/spip.php?article6247

  • Témoignage d’un tabassage policier:

http://www.reporterre.net/spip.php?article6252

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