Un été militant en Allemagne 2/2 – Une semaine au Camp action climat 2014, au coeur de la lutte contre les mines de charbon à ciel ouvert en Allemagne

Un été militant en Allemagne 2/2

Après deux semaines passées du côté de Leipzig, je reprenais ma route en direction de Cologne afin de me rendre au camp action climat près de Erkelenz, et organisée depuis maintenant 5 ans par différents réseaux et mouvements écologistes radicaux dans le but de lutter contre les mines de charbon à ciel ouvert en exploitation dans la région du Rhin.

Pendant la journée de voyage en stop, au fil des voitures et des paysages défilants sous mes yeux, je repensais au camp climat de l’an dernier. Cette expérience m’avait à l’époque enthousiasmé. Un camp autogéré avec cuisine collective et boulangerie, de l’énergie fournit par des panneaux solaires, une équipe médicale, tentes, chapiteaux, une équipe d’aide juridique, des actions de désobéissance civile bien rôdées et efficaces, des ateliers, appelés « workshops » très intéressants, axés sur la lutte contre le changement climatique mais pas que, et des activistes gonflés-ées à bloc d’une énergie communicative et franche.

Je me souviens d’ailleurs très bien de mon arrivée l’an dernier. Vers 22h30, je me faisais déposé devant le camp après 12h de voyage en stop, et me dirigeai alors à la tente info du camp. Quelques personnes étaient là, bien installées dans un canapé, devant elles et eux, une longue table recouverte de tracts, affichettes, stickers et cartes de la zone. Je demande à avoir quelques infos sur le camp et son organisation. Une personne apparaît alors d’un coup à mes côtés, et commence à me donner moult détails d’un ton rapide et énergique. Je fixe à un moment son visage, et me rend compte que c’est Cécile, alias l’écureuille, qui se tient devant moi.

Cécile, c’est une militante française qui vie depuis maintenant 8-9 ans en Allemagne, ex-championne de grimpe, elle s’est faite connaître depuis plusieurs années maintenant dans les milieux activistes écologistes pour s’en être donner à cœur joie dans le blocage aérien de transports de matières radioactives, type Castor. Arrivant à se suspendre à une corde tendue entre deux arbres, et au dessus de voies ferrées, elle a déjà bloqué de nombreux transports de cette manière, s’attirant contre elle le courroux de la justice et la police allemande de par son obstination et son courage dans la lutte anti-nucléaire. Voilà en somme une personne qui montre l’exemple par ses engagements et sa détermination, une personne qui ne lâche rien, même quand elle en prend plein la gueule, et que la police et la justice l’ont dans leur collimateur. Et ce fut pour moi une joie que de pouvoir la rencontrer, et taper un brin de causette, notamment en tout début de camp.

En attendant, la route défile toujours, et j’enchaîne les véhicules jusqu’à être prit après Dusseldorf par André, un polonais retraité vivant en Allemagne, et avec qui j’ai alors une conversation des plus marrantes que j’ai pu avoir en essayant de parler uniquement allemand. Petit dico merdique à la main, j’essayais de trouver mes mots, et formuler quelques phrases, ce qui ne manquait pas de le faire marrer vu mon niveau. Après 10 minutes de route, André décide de me conduire précisément où je devais me rendre. Chance! Et heureusement qu’il m’a aidé, car ce jour là, c’est l’installation du camp qui venait de commencer, et non pas le camp lui même, qui devait commencer le samedi 26 août. Donc, aucune indication n’était encore installé dans le coin, aucun panneau, et l’adresse du camp venait d’être divulgué sur leur site web. Plus précisément, l’adresse précise n’avait pas pu être donnée plus tôt car des représentants de l’entreprise électrique exploitant les mines de charbon, RWE, s’étaient rendus chez les cinq agriculteurs ayant proposé depuis plusieurs semaines leurs terres pour accueillir le camp, et les avaient menacé jusqu’à ce qu’ils cèdent à leurs exigences (= ne pas nous accueillir, sinon des représailles financières auraient lieu, RWE rachetant toutes les terres maisons, villages et forêts, tout quoi…). Ça ne rigole pas dans le coin au sujet du charbon!

Après plusieurs aller-retour entre deux villages et quelques coups de fil au numéro de contact du camp , nous finissons par trouver le lieu, un terrain de foot caché au fond d’une petit forêt, dont le vieux propriétaire s’avéra la seule personne de toute la région à accepter le camp sur ses terres. Il est 19h30, et je peux enfin poser mon sac, remercier André sur le départ, puis saluer la dizaine de militants-es réunis autour de deux bancs, près d’une des tentes montées dans la journée. Le terrain est entouré d’arbres, notamment des sapins, et seul le chapiteau dans un coin, et quelques tentes blanches sont en place. Il reste alors ce soir là 3 jours pour finir l’installation. Au boulot!

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 A mon arrivée au camp

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         Ce papillon me suivra pendant 20 minutes le premier jour

Le montage, c’est la mise en place de toutes les infrastructures nécessaires à la vie du camp: les tentes donc, accueillant le point info, le coin enfant, la legal team, les ateliers, les réserves de nourritures, la tente des médecins, puis il y a le chapiteau, servant aux assemblées, ainsi qu’aux ateliers et aux projections, les douches, les toilettes sèches et l’évacuation de l’urine et des eaux usées, et l’acheminement de l’eau potable (les habitants du coin nous ont déconseillé de boire l’eau de la région, par risque de contamination due aux mines). Tout un joyeux bordel qu’on montera à temps.

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Montage des panneaux solaires, et de la tente info dans le fond 

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Préparation du terrain, avec la délimitation des futures quartiers du camp 

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Construction des toilettes sèches et des douches 

Une chose à facilité la mise en place du camp sans trop de problème, en ce qu’il a été cette fois déclaré, et autorisé. L’an dernier, la police allemande avait fait tout son possible pour tenter d’empêcher la tenue du camp qui s’était installé sur le champ d’un agriculteur, et l’ambiance pesante et tendue s’en était ressentie, la police menaçant en permanence d’évacuer tentes et infrastructures. Je n’ai pas tout compris du processus légal utilisé cette année, mais c’est un collectif d’aide juridique qui a trouvé une faille administrative, et a rusé pour pouvoir obtenir cette fameuse autorisation. Néanmoins, nous n’étions pas autorisé à planter des tentes sur la pelouse, ce qui a déclenché l’ouverture de poursuites judiciaires contre les organisateurs-trices, poursuites qui pourraient aboutir dans plusieurs mois. En attendant, le camp était en place, la semaine pouvait commencer sans anicroche.

         Un camp climat, qu’est ce que c’est?

Le concept des camps climats vient d’Angleterre, héritier de mouvements politiques tels que Rising tide ou Reclaim the Street, et les premiers eurent lieu en 2006 (à Drax) et 2007 (à Heathrow). Le mouvement des camps climats, lié au réseau de Climate justice action (CJA), est international, avec pour but de sensibiliser et lutter contre le changement climatique à travers d’actions contrètes de désobéissance civile. Il y en a eu deux en France, en 2009 et 2010, mais l’initiative n’a pas été reconduite depuis lors.

L’idée est de rassembler différents collectifs et mouvements pendant une semaine ou plus, souvent près d’un centre industriel, ou d’un projet en construction, dont l’activité s’avère destructive pour l’environnement. Chaque camp repose sur une structure horizontale et autogérée, ainsi que sur quatre éléments: l’éducation, la construction de réseaux afin de lutter pour la justice climatique, le développement d’alternatives de vie au ystème capitaliste, et l’action direct non-violente.

Un camp climat est un espace de réflexion critique, d’échanges, de création de lien social et d’actions concrète. C’est en quelque sorte une expérimentation grandeur nature du vivre ensemble autrement, et un apprentissange de la vie en collectivité, dans le respect de tous-tes, au travers des activités quotidiennes du camp, de son organisation, de ses workshops (ateliers) et débats, et des actions entreprises au fil de la semaine afin d’attirer l’attention sur l’impact des centres industriels visés.

        Un camp climat, mais pourquoi?

Depuis plusieurs années maintenant, l’Allemagne a commencé une transition énergétique vers le 100% renouvelables, et a décidé d’arrêter complètement ses centrales nucléaires. Le hic, c’est que cette transition a entraîné la réouverture d’une vingtaine de mines de charbon dans tout le pays, mines d’où est extraite la lignite, charbon le plus polluant du monde. Ces mines sont exploitées par les mêmes compagnies électriques qui géraient le nucléaire dans le pays. En manque de profit, c’est toute l’industrie minière qui a été relancé à plein. Et c’est ainsi qu’en 2012, l’Allemagne a augmenté ces émissions de CO2 de 2%.

Selon un rapport d’ONG appelé « Europe’s Dirty 30 », l’Allemagne arrive aujourd’hui en tête (ex-aequo avec l’Angleterre) des pays européens équipés avec les centrales à charbon les plus polluantes d’Europe. Alors certes, la part des énergies renouvelables équivaut en 2013 à 23% du mix énergétique allemand, mais la pollution issue des centrales thermiques à charbon ne diminue pas pour autant, avec 45,5% de son énergie produite à partir du charbon. Quatre des cinq centrales thermiques à charbon les plus polluantes de l’UE seraient d’ailleurs situées en Allemagne. Le tout en sachant que ces projets miniers s’étendront jusqu’aux années 2050 au moins. Comme c’est le cas pour la mine de Garzweiler près de laquelle le camp climat à prit place cette année.

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           Panorama d’un côté de la mine

Le camp climat s’est installé depuis maintenant 5 ans dans la région rhénane, à côté de Cologne, afin d’attirer l’attention sur ces mines et les pollutions et destructions qu’elles engendrent. Plus d’une dizaine de village ont été rasés pour être reconstruit plus loin. Le nombre de déplacés-ées depuis la fin de la seconde guerre mondiale à cause de l’exploitation du charbon est estimé par RWE a plus de 35.000 personnes, et globalement tout est détruit sur le passage des « diggers » les machines d’excavation les plus grandes du monde. Pour info, il s’agit du Bagger 288, 13,500 tonnes, 220m de long, 96m de haut, on remercie la famille KRUPP, fabricante et vendeuse d’armements devant l’éternel, pour sa fabrication… Les villageois-ses ne peuvent résister, et beaucoup, quand ils-elles ne sont pas à la retraite, travaillent pour l’entreprise RWE. Routes, villages, forêts, voies ferrés et autoroutes, tout y passe, et quasiment aucune information ne filtre quand à l’existence de ces mines à ciel ouvert en activité 24h sur 24, 365 jours par an. Des habitants-es de villages alentours, vivant parfois à moins de 15kms des mines, sont même venus-es s’informer au camp climat car ils-elles ne savaient pas ce qu’il se déroulait sur près de chez eux.

Le camp climat a donc pour objectifs d’informer sur les dangers des mines, de leurs destructions, de la propagande de RWE et du gouvernement allemand sur la transition énergétique, mais également afin d’aider les populations locales à résister à l’avancer des mines, notamment Hambacher et Garzweiler, le tout durant un camp alternatif et autogéré.

         Début du camp, ateliers et autogestion collective

L’an dernier, j’étais arrivé à la fin de la première semaine du camp, et avais nécessité un peu de temps pour rentrer dans la dynamique du camp, en comprendre le fonctionnement, et participer à la vie quotidienne. Cette année, le fait d’arriver pour le montage m’a réellement permis de suivre le camp du début à la fin, connaitre les organisateurs-trices, m’investir dans la gestion collective du camp, et voir également son évolution, passant d’un terrain de foot vide avec 20 militants-es à une surface remplie d’installation, de tentes et de monde, un camp débordant de vie. L’installation a donc commencé le mercredi, se poursuivant au delà du samedi. Chaque jour, de nouvelles personnes arrivaient, en vélo, à pied, en voiture, train ou en stop, certains-es rencontrés-ées l’année passé, et revenant également vivre cette utopie collective éphémère. Le boulanger français et la cuisine collective et autogéré néerlandaise Rampenplan ont eux débarqué le vendredi, pour notre plus grande joie (pain frais et bouffe végétalienne chaque jour, un vrai régal donnant l’énergie pour lutter!).

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Le camp en milieu de semaine

Samedi, le camp démarrait officiellement, avec déjà plus d’une soixantaine de personnes présentes. C’était également le jour du début des ateliers en tout genre, que chaque participant-e était libre de proposer. Ainsi, j’ai pu assister tout au long du camp à des ateliers aussi divers que sur la COP 21 de décembre 2015 à Paris (et les divers stratégies envisageables côté militant), sur la campagne Fossil free lancée depuis 2012, la construction de tours très légères en bambou à usage multiple, des démo units réalisées à Maastricht, l’expérience d’un militant allemand ayant passé 4 jours en 2012 dans un tunnel creusé à plus de 6 mètres sous terre pour empêcher l’expulsion policière de l’occupation de la Hambarch Forst (contre la destruction d’une forêt causée par l’avancée d’une mine de charbon), mais aussi une présentation par un militant sud-africain des destructions causées dans son pays par l’exploitation de mines de charbon, ou bien encore un atelier sur la gestion du burn-out dans les milieux activistes. Plein d’autres ont également eu lieu, pour apprendre des méthodes d’actions directs (comme le lock-on), ou bien pour savoir jouer dans le pink block (groupe d’activistes jouant pendant les actions au sein d’une batoukana), pour s’initier à la capoera, ou encore visiter les abords de la mine de Borschemish, ou l’occupation de la Hambarch Forst située à 40km de là (une navette faisait la liaison jusqu’à 3 fois par jour). Bref, de quoi apprendre beaucoup, et partager un grand nombre de connaissances durant ces journées.

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Atelier pratique avec la technique du lock-on

Durant le camp, la participation de chacun-e est requise à un moment ou un autre pour préparer les repas, entretenir les toilettes et les douches, tenir la permanence de la tente info, faire la vaisselle, etc. L’autogestion est collective, sans chef ni responsable. Et ça marche! A part quelques problèmes pour trouver des volontaires afin de couper les légumes et vider les toilettes sèches (ok, un peu ingrat, mais intéressant tout de même!), le camp a fonctionné sans problème, avec un roulement des volontaires plutôt efficace tout au long de la semaine.

Pour ce qui est de l’organisation horizontale et le processus de décision, le camp fut organisé en quartier (décision prise en amont du camp), chaque nouvel-lle arrivant-e plantant sa tente où bon lui semblait, avec des réunions quotidiennes (le soir au départ, le matin par la suite) de chaque quartier afin de discuter du fonctionnement du camp. Venait ensuite une réunion (le soir) des « portes-paroles » volontaires de chaque groupe (mais tout le monde pouvait s’y rendre), durant laquelle était résumé les discussions, idées, coups de gueule et propositions des différents quartiers, avec des décisions prisent alors en consensus. Le lendemain, les décisions prises (ou non) étaient transmisent dans chaque assemblée de quartier. Et ainsi de suite. Ce fut une expérience intéressante, que j’avais déjà vu fonctionner en partie lors du camp de juillet 2011 à Notre Dame des Landes. Cependant, la transmission des informations et des décisions prenait trop de temps, avec un système d’aller-retour entre petites assemblées et réunion inter-quartier trop compliqué au final. Nous avons été plusieurs à regretter l’absence d’assemblée générale quotidienne durant le camp (3 AG en 9 jours) empêchant de se voir tous,-tes et d’accueillir les nouveaux-elles arrivants-es, ainsi que la délimitation spatiale imposée des quartiers à coup de ligne de ruban jaune. Des problèmes ont également surgi suite à des propositions de certains « quartiers » concernant les personnes torses nues, la présence du feu à l’entrée du camp (certains-es se sentant « offensés-ées » par la fumée –‘) ou de l’alcool. Des discussions assez tendues, mais d’où surgirent au final des positions trouvées en consensus sur le camp, eurent lieu.

 

         Financement du camp et la pratique du prix libre

Pour beaucoup de militants-es, l’argent est un des problèmes principaux de notre monde, un moyen d’oppression et d’aliénation dévastateur, un moyen détourner en fin, un poison entraînant inégalités sociales, destruction de l’environnement, guerres et prédations. Cependant, nous n’en sommes pas encore venu à une société débarrassée de cette lourde chaîne, et le camp, bien que prônant d’autres moyens d’échanges, ne peut pas s’organiser entièrement sans argent. Un financement est donc nécessaire, notamment pour la nourriture (8000 euros pour le camp) et pour les infrastructures, le transport et la caisse anti-répression (2000 euros). Néanmoins, c’est à travers la pratique du prix libre que le camp fonctionne. Le coût de revient par participant-e est calculé à environ 4-5€/jour pour la nourriture + 10€/par personne  pour la participation aux infrastructures pour ce camp, chacun-e étant invité-ée à donner selon ses possibilités. Une jauge des dons est également tenue à jour dans la tente info, afin de savoir où en est le financement du camp. Cette année, comme l’an passé, nous avons pratiquement atteint la somme nécessaire, à 500€ près si mes souvenirs sont bons.

         Comment intégrer les participants internationaux: l’importante de la traduction

Un des aspects importants des camps climats est l’ouverture internationale. Des personnes du monde entier se rendent en effet à ces rassemblements, désireux de vivre et partager cette expérience collective du mieux possible. Et pour ce faire, la traduction dans différents langages est primordiale. L’an dernier, j’avais été impressionné par le collectif de traduction « BLA », qui avec le matériel apporté et mise en place pu traduire les assemblées en plus de 5 langues différentes, et en simultanée! Cette année, ce collectif était de nouveau présent, et pu proposer des traductions en anglais et français des assemblées, ainsi que des ateliers. J’appuis ici sur l’importance d’une telle structure pour l’intégration et la participation au camp des militants-es venant d’autres pays, afin de ne pas créer de discrimination au language et de sentiment d’exclusion. Cependant, bien que plus de 15 nationalités différentes étaient réunis cette année, la traduction ne s’effectua quasiment qu’en anglais, et principalement pendant les ateliers. Par manque de volontaires, de nombreuses affiches et informations ne furent pas traduites de l’allemand, ce qui constituait souvent un problème pour s’informer. Cependant, l’expérience de ce camp reste pour moi globalement positive quand à la possibilité d’échanger avec les autres. C’est une bonne manière de se confronter à différents langages, et pouvoir les découvrir, voir commencer à les apprendre.

         La fête de rue du 30 juillet et la journée d’actions de désobéissance civile du vendredi 1er août

Outre les ateliers en tout genre, la vie du camp a été rythmée par deux journées d’actions. Celle du mercredi 30 juillet tout d’abords, pendant laquelle une fête de rue a été organisée dans le village fantôme de Borschemich. Plus de 200 personnes se sont réunies pendant une après-midi afin de redonner vie aux rues désertes du village situé à moins de 500 mètres de la mine. Une centaine de cycliste du Tour de nature se sont joints  à nous ce jour là, où concerts, prises de paroles, rencontres, repas, activités clownesques ou encore débats ont rythmé cette journée, sous l’œil des dizaines de policiers, agents de sécurité et hélicoptère présents dans la zone.

DSC02553     Fête de rue à Borschemich

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Concert de violons

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Un village où la nature reprend une dernière fois ses droits

Pour la journée d’action du 1er août, nous fûmes entre 150 et 180 personnes à prendre part à de nombreuses actions de désobéissance civile, batoukana en tête, avec notamment des lock-on à côté et sur les machines d’extraction, des sit-in, des blocages de voies ferrés et donc des trains transportant le charbon ou encore le blocage symbolique, puis bien réel (et pacifique) de l’entrée de la mine pour les camions et des installations, blocage s’étant accompagné du tabassage à intervalles réguliers pendant 7h de la vingtaine de manifestants-es présents-es (ce qui aurait révulsé un journaliste télé sur place, c’est dire…).

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 Après 30 min de marche, nous sommes environs 150 à arriver devant la mine

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Un lock-on commence devant le digger, sur la bordure de la mine

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             Au même moment, plus d’une quarantaine de militants-es descendent dans la mine pour occuper le digger

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                                              Certains-es l’occuperont jusqu’à tard dans la nuit, pour la deuxième fois de la journée

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                                             Et plus d’une vingtaine d’autres militants-es commencèrent un sit-in pacifique qui durera 6 à 7h pour bloquer l’entrée d’une des usines

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                                              Arrestations tout au long de la journée par la police allemande, aidée par les employés de la mine pour nous arrêter

Dans la quarantaine de personnes descendues dans la mine, un groupe de 16 personnes s’en est allé marcher sur 4.5km dedans pendant plusieurs heures à l’intérieur,  bloquant avec un cerf-volant (oui oui ^^) un rouleau automatique acheminant le charbon, ainsi que le travail de destruction d’un des « diggers » en faisant un sit-in à 30 mètres de ce dernier. La police mettra 1h à sortir les militants-es du groupe, avant de les laisser 3h au menottés-ées au soleil (ces derniers finissants par danser, faire du yoga, faire une partie de ninja ou encore manger avec leurs menottes), avant d’être embarqué pour une nouvelle fouille, et enfin le commissariat le plus proche.

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220m de long, 96 mètres de haut, un monstre mécanique…

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   …qui mange la terre sans jamais s’arrêter…

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 Promenade de santé dans la mine, avec l’arme du crime, le cerf-volant!

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  Une belle action de désobéissance civile, la lucha sigue!

En faisant cela, nous avons pu pendant une journée (et une nuit) ralentir l’avancée inexorable des machines, mais il faut garder en tête que ces mines fonctionnent sans arrêt, avec 14 machines géantes en activité dans chaque mine, un train rempli de charbon partant toute les 15min de celle de Hambacher. Autant dire que nos actions n’ont eu là qu’un impact minime. Cependant, des actions en roulement sur plusieurs jours avec des milliers de personnes auraient là un effet monstrueux, envoyant là un message très fort aux industries polluantes. Mais pour cela, ils nous faut encore réunir ces milliers de personnes, ce qui ne fut pas le cas. Il y avait environ 200 personnes sur le camp chaque jour, et peut-être 800 ou plus sont passés un jour ou plus. Donc bien peu en somme, mais déjà bien par rapport au 60 militants-es du premier camp en 2010.

Ah, concernant le fin mot de l’histoire, nous avons été entre 50 et 80 à être arrêtés-ées, et une majorité d’entres nous avions décidé de ne pas prendre nos papiers d’identités, afin de rester anonyme et ne pas être fiché. Résultat, alors que les flics sur le terrain nous promettaient 48h de prison, nous avons tous et toutes été libéré en 3 minutes montre en main une fois au poste, sans que l’on nous prenne notre ADN, nos empreintes digitales ou notre nom. Et tadamm, en liberté, tchao bonsoir, et à l’an prochain!

 

         Les suites du camp: rassemblements et actions à venir

Après cette journée d’actions intense, le camp et ses habitants-es ont pu se détendre, et décompresser de moments parfois intenses. Quelques ateliers auront lieu samedi, avant que ne prenne officiellement fin le soir même cette semaine de camp, avec musique et soirée festive. Le démontage se déroulera ensuite jusqu’au mardi 5 août, où une dizaine de militants-es termineront de plier bagages.

Au final, de nombreuses et belles rencontres, des contacts, des réseaux qui se sont étoffés, ou crées, et pas mal de projets et d’idées concernant les suites de la lutte contre le réchauffement climatique. Tout d’abords, concernant la Hambacher forst (forêt), où des dizaines de militants-es occupent toujours les bois, et les arbres dans des cabanes hautes-perchées. Le déboisage d’une partie de la forêt va reprendre début octobre, et un appel à soutien est lancé pour venir occuper les lieux. Ensuite, un important conseil d’action va avoir lieu à Cologne du 2 au 5 octobre, en vu de la COP 21 à Paris en décembre 2015. L’idée est de rassembler différents réseaux, mouvements et collectifs engagés dans la lutte contre le changement climatique, et ce afin de discuter de l’idée de grandes actions de masse en 2015 pour la défense de l’environnement. Vous pouvez trouver les informations nécessaire sur ekib.blogsport.eu.

A noter également une conférence internationale sur la décroissance qui se déroulera à Leipzig du 2 au 7 septembre. Les infos ici: leipzig.degrowth.org

Voilà donc pour la fin de ce voyage en Allemagne. La suite promet d’être intéressante, avec un retour en octobre là-bas, puis sûrement un voyage en Roumanie d’ici quelques mois en direction de Rosia Montana. To be continued!

 

Quelques liens pour aller plus loin:

  • What is a climat camp?:

http://www.klimacamp-im-rheinland.de/en/background/whats-a-climate-camp/

  • Témoignage sur le camp climat français de 2009 :

http://neocampagne.wordpress.com/2009/08/16/camp-climat-voyage-en-utopie-reelle/

  • Le Rapport « Europe’s dirty 30 »:

http://awsassets.panda.org/downloads/dirty_30_report_finale.pdf

  • Article du monde sur la transition énergétique en Allemagne:

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/23/les-effets-pervers-de-la-sortie-du-nucleaire-en-allemagne_3465437_3234.html

  • Article de Slate sur les villages engloutis par l’extension des mines de charbon, notamment par celle de Garzweiler, près de laquelle le camp climat se situait cette année:

http://www.slate.com/articles/health_and_science/climate_desk/2014/04/coal_mines_swallow_towns_in_germany_why_solar_and_wind_haven_t_kicked_the.html

  • Photos de la journée d’actions du 2 août 2014:

https://www.flickr.com/photos/100963658@N02/sets/72157645681194248/

  • Site d’Ekib, sur le rassemblement écologiste à Cologne en octobre 2015:

http://ekib.blogsport.eu/

  • Site de la conférence internationale sur la décroissance à Leipzig:

http://leipzig.degrowth.org/fr/

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