De Londres à Calais 2/3 – Visite à l’éco-village de Grow Heathrow

Roadtrip 2014 – Mai

Visite à l’éco-village de Grow Heathrow

 

  Voilà 4 ans maintenant que des dizaines de militants-es occupent un terrain juste à côté de l’aéroport de Heathrow, terrain se situant sur le projet de tracé d’une troisième piste d’atterrissage. On se retrouve ici dans une lutte similaire à celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, bien que le projet britannique soit de taille moindre. C’est un véritable éco-village qui s’est développé dans le village de Sipson, près de Hounslow, sur ce qui était auparavant une sorte de décharge, contenant une quinzaine de serres abandonnées et plus de 17 hectares de terre. Le terrain est aujourd’hui entièrement nettoyé et et l’aménagement se fait mois après mois.

 

  J’arrive là bas un mercredi en fin d’après-midi. Un portail coloré indique l’entrée de l’éco-village. Je sonne à la cloche qui n’est autre qu’une bouteille de gaz accompagnée d’une petite barre de fer à frapper dessus. Un des habitants du lieu vient m’ouvrir, on se présente chacun, puis il me fait faire un rapide tour des premières infrastructures visibles, dont le dortoir collectif, l’accueil, les trois serres principales, le coin de vie et la cuisine.

 

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                                    L’entrée du village

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                                           Le jardin extérieur

 

  Occupé ailleurs, il me laisse avec une autre personne, qui continuera de me faire visiter pendant 20 minutes les lieux, et qui m’invitera ensuite à empoter des plants de tomates avec lui. On se sent bien à peine arrivée. Je rencontre alors peu à peu les habitants au gré de leurs activités, certains actifs dans le jardin, d’autres mettant un feu en route, d’autres encore font la cuisine ou discutent dans l’espace collectif. Vers 19h, j’assiste à une réunion sur les activités de Grow Heathrow. Au travers d’un processus de consensus et une structure non-hiérarchique, on y parle en cercle, plat à la main, ou cahier de note sur les genoux du projet de 3ème voie, des événements avec les habitants-es des villages proches pour continuer la lutte (quatre sont directement menacés par l’extension prévue depuis des années). A la fin est rappelé la journée de travail collectif du lendemain, où chacun-e est invité à venir donner un coup de main pour la maintenance du lieu, pour les activités du jardin, pour couper du bois, réparer ce qui doit l’être, aménager le village et le bois reculé. Ça s’annonce sympa.

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                                        La cuisine collective

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                                                 Espace de vie collectif

  Le lendemain, c’est en chanson et avec une tasse de thé que l’on se fait réveiller par deux habitants-es vers 8h30 du matin dans le dortoir (qui est une sorte de maison-conteneur avec des lits superposés). Réveil collectif doux et plaisant, petite réunion ensuite pour définir les divers activités à faire, et nous sommes une quinzaine à nous mettre au « travail ». Cela va durer toute la journée, et se répète chaque semaine le même jour. Je peux alors m’investir ce jour là et filer un coup de main, tout en continuant d’aller à la rencontre des personnes présentes. Beaucoup d’anglais-es, mais aussi des gallois, polonais, portugais, grecque, français, des parcours de vies variés, des activistes de longues dates comme des néophytes en la matière à la découverte d’autres façons de vivre, et de changer le monde à son échelle.

 

Grow Heathrow, de l’occupation et la recherche d’alternatives

 

  D’ailleurs à Grow Heathrow, c’est un peu l’idée qu’on se fait de ce lieu. Un espace de résistance symbolique aux crises économiques, environnementales qui nous touchent, ainsi qu’à la crise des institutions démocratiques, et à travers un renouveau des pratiques d’actions et de décisions collectives. C’est également une occupation de terrain contre un projet inutile, destructeur et polluant, ainsi qu’une communauté de vie cherchant l’autonomie énergétique et alimentaire dans un modèle de développement soutenable. Côté énergie, c’est avec des éoliennes et du solaire que sont alimentés les appareils électroniques (oui, car de nombreux résidents utilisent portables et ordinateurs portables, d’où une partie des besoins), et l’autonomie est ici complète.

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                               Indications pour utiliser les appareils

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                                         Détails de l’utilisation de l’énergie

 

Concernant l’alimentation, ou les besoins en eau, un jardin est en place depuis plusieurs années, et de nombreux fruits et légumes sont cultivés dans deux serres. Mais là, l’autonomie n’est pas au rendez-vous. Il y a de fait trop de gens à nourrir pour le peu de légumes produits sur place, ainsi l’achat des produits comme le thé, café, sucre, de la récup’ hebdomadaire, ainsi que des arrangements sur des marchés locaux permettent de garder la cuisine remplie. Les dépenses en nourriture restent ainsi réduites au minimum. Le gaz est acheté en bonbonne pour la cuisine collective, et l’eau de pluie est récupéré. Une arrivée d’eau est présente dans la cuisine, et un système de traitement des eaux par phyto-épuration est en aménagement dans le jardin, avec un projet de mares en construction selon des principes de permaculture.

 

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              Une des serres

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          Ça pousse 🙂

  Grow heathrow a commencé suite au camp climat de 2006 tenu pas très loin de là, puis avec le début d’une occupation qui a donné lieu à cet sorte d’éco-village en construction. Une quinzaine de personne résident là en permanence, chacun-e ayant son lieu, sa caravane, maison auto-construire, tentes voir même une maison de paille.

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                                          La cabane au fond du jardin

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                                                          La maison de paille

 

  Le terrain est plutôt grand, car il y a la première partie du village avec les serres de jardinage, d’ateliers artistiques et de réparation de vélo, l’accueil, le jardin, la cuisine et le coin feu (avec le four à pain auto-construit), puis c’est en traversant par la porte colorée à côté de la douche au bois, et surplombée par une caméra de sécurité (déconnecté) que l’on accède à un terrain boisé à l’arrière. On y découvre alors une sorte de petite forêt donnant ensuite sur un terrain abandonné, d’où l’on peut apercevoir à courte distance une des deux autoroutes entourant le lieux, en plus de l’aéroport. Oui, les oiseaux chantent, l’herbe y est verte et les arbres resplendissent, on y est quand même encerclé par le béton, assourdi par le bruit des avions et des voitures, prit en tenaille par ce monde en mouvement permanent, avalant tout sur son passage. Marchant dans ces bois, je m’imagine être un tanuki, comme dans le film d’animation Pompoko, témoin de l’avancée inexorable des villes sur la nature, sur la vie…Dans ce sous-bois, les habitations sont bien intégrées à la nature environnante, et une maison en paille assez grande, construite en un peu plus d’un an, se trouve au détour d’un chemin, sur un deuxième lieu collectif peu usité. Dans le village, on trouve 4 toilettes sèches en deux endroits (avec compost) et une douche au feu de bois. Expérience sympa que celle de faire chauffer sa douche en allumant un feu ! Je n’ai pas tout compris au système de conduction de chaleur, mais l’eau stockée au dessus de cette sorte de douche moitié tipi moitié cabane se chauffe peu à peu au contact d’autres tuyaux chauffés, et en 30 min la douche est prête.

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                           L’entrée vers le sous-bois, et la douche

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                 Toilettes sèches, confort assuré pour un compost de qualité

 

Comme à Londres, les 4 jours sont vite passés là bas, entre activités sur le site, discussion et rencontres diverses, échanges de contacts et de lieux, repos, lecture ou musique. L’expérience fut courte, mais j’aurai pu avoir un bon aperçu des lieux. La motivation y est, et le développement de ce projet de communauté en transition est intéressant, avec une pratique au quotidien, et un investissement soutenu des militants-es dans l’aventure. L’occupation n’occasionne cependant pas de lutte plus franche contre les autorités, bien que les occupants-es soient toujours menacés-ées d’expulsion. Elle diffère donc d’une ZAD comme celle de NDDL, où là bas ce sont plus de 2300 ha de terre et de forêt qui sont réoccupés ou squattés contre la construction d’un aéroport, et défendus avec vigueur (voir l’Opération César des forces du désordre d’octobre 2012). Une moindre intensité de conflit se retrouve donc à Grow Heathrow. Il n’empêche, cette troisième voie d’atterrissage n’a toujours pas vu le jour, et l’occupation perdure, tout en évoluant et semant ses graines d’idées et d’espoir.

 

Quelques liens pour aller plus loin:

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