De Londres à Calais 1/3 – Welcome to London

Roadtrip 2014 – Mai

Welcome to London

 

Première étape de ce voyage, l’Angleterre ! Ou tout du moins, Londres, ses squats, et si possible d’autres milieux militants ou expériences alternatives, tournées vers l’environnement notamment. L’idée étant pour moi de découvrir un peu de ce que font les anglais sur le terrain militant, car force est de constater que l’information passe peu sur ce que les réseaux et mouvements étrangers font dans leur pays, que ce soit les UK, l’Espagne, la Grèce, l’Allemagne, le Portugal, la Hollande ou l’Italie. Beaucoup de personnes se bougent, agissent au local, mais chacun-e le faisant plus ou moins dans son coin, l’information, l’expérience et les connaissances ne traversent que difficilement les frontières. Alors que devant la nécessité d’agir dans laquelle nous nous trouvons, il est plus qu’indispensable d’être unis et solidaires entre tous et toutes. Faisons exploser ces frontières physiques et mentales qu’on nous a imposé au fil des siècles, et continuons à aller rencontrer l’autre, celui qui ne parle pas la même langue, n’a pas la même culture, ne pense pas le monde pareillement. Cela pour la vie de tous les jours, et pour les militants-es du monde entier. Pour comprendre également que personne n’est seul-e, et que l’espoir vie et résonne un peu partout, puissant, et coriace.

Grâce à une amie vivant là bas, j’ai pu m’immerger deux semaines et demi dans le milieu squat londonien. Vous ne le savez peut-être pas, mais le nombre de squatteurs-euses dans la capitale anglaise est évalué à 20.000 personnes (!) Autant dire une des villes la plus squattée du monde. Une office de conseils pour squatteurs (l’A.S.S, Advisory Services for squators) existe même depuis plusieurs décennies quelque part en ville, aidant à structurer cet énorme réseau.

 

Pour y aller, je suis donc parti de Lille le 5 mai en stop, après avoir passé le week-end précédent à Nancy pour un forum du mouvement des Jeunes Écologistes. Deux voitures et un camion plus tard, je me retrouvais à Londres. J’arrive dans la soirée au squat de la rue Tollington, où une dizaine de personnes de différentes nationalités vivent ensemble. L’ambiance est posée, l’endroit organisé, les squatteurs-euses sont des militants-es, on trouve des freegans, des végétaliens (vegan en anglais), des militants-es jeunes, principalement anarchistes, des chiens, des vélos dans le salon, des grafs sur les murs. On me propose peu après être arrivé d’aller faire une récup’, c’est à dire aller chercher de la nourriture venant d’être jetée aux ordures par des magasins. On y va à quatre personnes, le lieu en question n’est pas loin. Ceux que j’accompagne m’expliquent sur la route que faire du « skipping » (récup’ en anglais) est interdit en Angleterre, et que deux d’entre eux avaient fait 14 heures de garde à vue le mois précédent à cause de ça. Nous y allons néanmoins confiants.

 

Une fois arrivés devant la porte d’entrée de la cour arrière d’un supermarché, deux d’entre nous l’escalade, tandis que mon amie et moi même restons dehors à attendre la nourriture. Passe 7-8 minutes, et 3 véhicules de police sur la route, quand la bouffe commence à affluer par dessous la porte. Et là, surprise, une voiture de police s’arrête à nos côtés, et deux policiers en descendent. Nous commençons à marcher en sens inverse, de plus en plus rapidement. Tout va alors très vite. Mon amie ne pouvant risquer de se faire arrêter, elle me crie alors « RUN ! ». Sans réfléchir, je lâche le vélo et le caddie que j’avais commencé à me trimballer, et me met à courir au milieu de la route, deux policiers aux fesses, et un panier à salade arrivant à toute vitesse en face. C’est la confusion, ça gueule dans les talkies, je me retourne violemment d’un coup pour tenter une diversion, et rentre de plein fouet dans une des flics lancée à mes trousses. Elle fait un bond de 2m en arrière, tandis que je repivote à 180° pour tracer à l’opposé. Je tourne à gauche, la rue est longue et sans issue latérale. Dans ma tête, les réflexions fusent, dont celle inattendue en pareil moment du besoin de me remettre au sport (sic). Au bout de 150m , après un ultime demi-tour, je m’arrête brusquement. Cette course poursuite me paraît franchement bête, surtout pour de la nourriture récupérée dans des poubelles. Je me dirige alors en marchant vers la voiture qui me poursuivait accompagnée d’une policière à pied. Je calme directement les choses, on reprend notre souffle. J’entre dans la voiture qui me ramène devant la porte du supermarché, il semble que j’ai été le seul attrapé. On me questionne, je réponds au strict minimum, tout en m’attendant à passer mes premières heures en Angleterre dans un poste de police. Etonnement, on me libère au bout de 10 min d’un « off you go », et me voilà libre de retourner seul au squat, remportant en plus le vélo et le caddie rempli de nourriture posés contre un mur.

 

Au final, personne d’autre d’interpellé, et un sacré baptême du feu pour ma part en cette première nuit à Londres. Welcome to London ! Se faire poursuivre par des policiers pour de la nourriture…pourquoi pas revenir à la bonne vieille main coupée pour avoir « chapardé »!?

 

Big brother is watching you

 

Une des choses qui frappent le plus à Londres, c’est la vidéosurveillance. Le nombre de caméras dans cette ville est tout bonnement incroyable. Elles sont partout, couvrant entièrement la ville, capable de vous suivre d’un bout à l’autre de Londres, dans les rues, les espaces publics, les parkings, les bus, les écoles, les voitures et trains, ainsi que les gares. Pour vous dire, j’ai même vu un matin un camion de la Poste équipé d’une caméra extérieure filmant la route et la rue, une affiche annonçant l’enregistrement en direct .

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                                     La Poste vous surveille

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                                   Un pilier à la Victoria’s Station

 

Certains chiffres donnent une fourchette allant de 65 000 à 500 000 caméras à Londres et plus de 4 millions au Royaume-Unis, quand un-e londonien-ienne serait filmé-ée en moyenne 300 fois par jour. Le Royaume-Unis, c’est aussi une caméra pour 14 personnes, et un taux d’efficacité de 3%. Des chiffres conséquents. La population britannique est constamment surveillée, pour son bien, leur est-il dit, et pour le maintien de l’ordre. Des foutaises, son inefficacité a mainte fois été démontré, Le chef de Scotland Yrad en personne en a fait l’aveu il y a quelques années (cela ne mettant pas fin pour autant à la surveillance généralisée des britanniques), et le même taux d’inefficacité se retrouve dans de nombreuses villes, comme à Lyon par exemple, une des villes les plus surveillés de France, où un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) de 2010 a jugé que l’impact de la vidéosurveillance sur la délinquance était de 1%. Inefficace, donc, mais aussi extrêmement coûteuse, et à l’éthique douteuse. Aucun débat préalable dans les pays concernés par sa généralisation, et une doctrine sécuritaire poussée à l’extrême et assortie à toutes les sauces pour justifier son extension à tous les domaines de la vie. Qui nous protège de la vidéosurveillance?….

 

Londres, ces squats, ces fêtes, ses drogues..

 

Deux semaines et demies dans les squats londoniens. Ce n’est pas la grande expérience, mais déjà bien assez pour se faire une idée. En tout, j’aurai vu un peu moins d’une dizaine de squats différents, entre un supermarché et sa cave accueillant des raves party permanentes, un pub ancien et son bar gigantesque, un gymnase et sa salle d’entraînement. Les lieux peuvent être assez grands, mais ce ne sont jamais des habitations, la loi anglaise l’empêchant. Le milieu squat est par ailleurs très large, à l’image de Londres, qui elle semble ne jamais finir. Les principales luttes de ces mouvements tournent autour de l’antifascisme, le féminisme et le militantisme queer, le droit au logement pour tous et toutes, et différentes luttes sociales et politiques. J’ai pu assister ainsi à une réunion sur les conditions des femmes détenues dans des centres de rétention anglais. Je vous invite d’ailleurs à vous y intéresser, rien ne filtre ou presque sur ces vraies prisons où hommes, femmes et enfants peuvent y rester enfermés des mois durant. Et ceci en Angletterre comme en France, Allemagne, Hollande. J’ai également pu aidé un squat à déménager en urgence lors d’une expulsion surprise (là bas, les propriétaires souhaitant faire virer des squatteurs-euses après décision de justice doivent employer des « bailifs », agents de sécurité privés), faire un entrainement de free-fight dans une salle d’entrainement d’un énième squat, ou encore assister à un tournoi de foot inter-squats intitulé « fuck the FIFA ».

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   Après une expulsion, transport des affaires à base de système D

Je n’ai cependant pas vu autant d’activités militantes que j’avais pu me l’imaginer. Peut-être une période creuse, bien qu’on m’ait confirmé plusieurs fois un manque de dynamisme à Londres. Par contre, ce qui est en plein dynamisme, ce sont bien les fêtes. Des soirées, des concerts, festivals ou raves, il y a en a la pelle. Partout. De la drogue aussi, d’ailleurs. Beaucoup même. En journée, il n’est pas étonnant de se faire proposer dans la rue de la cocaïne, MDMA ou autres acides et ecstasy. En free party, vous aurez aussi l’occasion de voir LE trip de soirée des anglais, en l’objet d’un ballon gonflé d’un air spécial, dans lequel il faut inspirer et expirer avec rapidité, pour faire monter une bouffée de défonce durant quelques secondes, puis recommencer quelques fois, jusqu’à épuisement du ballon. Je n’avais encore jamais vu ça en festivals ou fêtes, mais cela reste à priori « légal ». On peut dire qu’il y a de quoi être surpris de voir arriver dans la masse des fêtards d’un concert « noise » 3 ou 4 punks avec leurs ballons de couleur et se mettre à ventiler comme des bourrins tout en dansant ! Côté musique, une scène très jeune et prometteuse semble faire bouger la ville. Pour l’anecdote, j’ai eu la chance de rencontrer deux frères jumeaux, anglais, la vingtaine passée, squatteurs et fêtards à plein temps, complètement dingues de musique. Capables de jouer des heures, sept jours sur sept, durant sur un style country-folk- manouche leurs propres compositions, dans une sorte de mix déjanté mi-texan mi-irlandais, le guitariste T. nous fait entrer avec lui en trance, et en rythme, accompagné au chant par son frère L. On m’a raconté que peu de temps avant mon arrivée à Londres, T. avait joué de la guitare pendant 4 jours d’affilé, sans s’arrêter, si ce n’est quand il se rendit compte que ses doigts étaient en sang…

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                                             Les fameux ballons…

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                                             …et les fameux frères jumeaux!

 

Les deux semaines et demies sont passées très vite, mais ça aura été pour moi l’occasion de rencontrer des personnes très intéressantes, passionnées, créatives, engagées, et venant de nombreux pays. Cependant, Londres m’a un peu trop retenu, alors que je prévoyais de pousser mon tour un peu plus loin que cette ville. Par exemple dans la communauté de Landmatters, dans le Devon, où une dizaine de personnes vivent depuis plusieurs années maintenant selon les principes de la permaculture. Ou encore dans la ville en transition de Totnes, toujours dans le Devon. Mais j’aurai au moins pu aller 4 jours à l’occupation écologiste de Grow Heathrow, en périphérie de Londres, dont je vous parlerai dans un prochain article.

 

Quelques liens pour aller plus loin:

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